Et si le pape était un lapin?
Le pape. Un homme. Un vieux. Un plurilingue. Voilà le portrait d’un pape “normal”. Toute personne normalement constituée verra un pape ainsi. Et si nous chamboulions cette réalité afin d’en instaurer une nouvelle: un pape lapin.
Réfléchissons aux conséquences de ce changement complet: un pape “cromagnon”, un pape jeune, un pape au cidre et non plus au vin (oui, le lapin au cidre, c’est mieux =o=), et qui ne parlerait qu’une seule langue, le lapin. Ce serait pas magnifique?
L’expérience la plus enrichissante pour comprendre ce que serait ce monde est de se mettre à la place de ce lapin pape. Voilà ce que ça donnerait pour ma part.
Un bruit insupportable me chatouille les oreilles. Qu’est ce? Que se passe-t-il? L’apocalypse?! Ah, non, ce n’est rien que le nouveau réveil installé par l’évêque Langelus. Je l’arrête. Du calme, enfin. L’installation de ce réveil part d’une bonne intention, certes, mais ça me hérisse de me réveiller comme ça le matin. Après, je suis de mauvais poil toute le journée. Pourquoi faut-il que le Vatican ait ce besoin permanent de paraitre moderne? J’aimais bien, moi, qu’on vienne me réveiller en me gratouillant le ventre.
Et puis, quelle idée de vouloir à tout pris me lever à 7h13, hein? Je vous le demande. Tout le monde sait qu’un lapin doit dormir une quinzaine d’heures par jour. Tout le monde. Et moi, avec mon emploi du temps de ministre, j’ai un retard de sommeil de quelques mois. Vivement la retraite…
Bon, voyons voir, une patte par terre, la deuxième. Un rapide coup d’œil dans le miroir. Regardez moi ce corps d’athlète, c’est pas pour rien que je suis pape depuis bientôt dix ans. Allons, je suis levé. Qu’est ce que je dois faire déjà? Ah, oui, le bouton. J’oubliais. C’est la première fois que vous êtes dans ma tête, pas vrai? Oui, le rituel du matin, c’est d’appuyer sur ce petit bouton vert pour appeler l’archevêque le plus proche, qu’il vienne m’habiller. Je considère ça comme une torture… de deux façons. Premièrement, le bouton est placé un peu trop haut pour que je puisse l’atteindre sans sauter. Des années d’expériences pour l’atteindre du premier coups… Et deuxièmement, je vis très mal le fait de me faire habiller. Non mais, comment ils font tous?
Petit saut, extension de la nuque. Voilà, j’ai appuyé sur le bouton. 5… 4… 3… 2… La porte s’ouvre. L’archevêque Dorda qui entre. En avance. Il est grand, la cinquantaine, teint hâlé. Je l’imagine en chemise à fleurs, posant devant un décor de rêve, piscine au fond, deux ou trois palmiers, la serveuse en bikini lui apportant son martini quotidien. Pub parfaite pour une agence de voyage. Slogan “Ou Dorda va, j’y vais aussi”. Je le fixe avec mes petits yeux, un sourire au coin des lèvres. Il doit pas le voir. L’homme voit très peu de choses. M’enfin, il faut que je m’habille. Plutôt, il faut qu’il m’habille. “Allez, lève la papatte”. Pourquoi toujours me prendre pour un idiot? Bon aller, petit coup de dents. “Aaaah, ça fait mal enflure de lapin”. Ah bah tiens… Il m’habille, en m’étirant les pattes sans rien demander. C’est plus efficace. Je vais le laisser pour cette fois. Son teint hâlé m’impressionne. Oui, mes réactions lapines sont un peu étranges. Habillé. Enfin.
La suite de ma journée est plutôt simple: petit déjeuner, sieste à la prière du matin, déjeuner, sieste sur le balcon, dîner, soirée libre. Direction la salle à manger. C’est une grande pièce sombre, avec des ouvertures un peu partout au plafond, et des énormes chauffages sur les côtés. Quatres rangées de tables, bourrées de mets succulents et d’hommes d’Eglise. Ils sont tous bien en rythme pour manger. *Tak* *Tak* *Tak*. Les inventeurs de la techno. Je me dirige vers le fond, vers ma chaise. Trop grande, trop haute, pas confortable. Ils ont gardé celle de mes prédécesseurs. Ha oui, vous êtes pas au courant de tout…
L’Eglise a décidé de mettre en place de nouvelles règles il y a quelques années. On peut dire que je fais parti de ces règles… Ils en avaient marre des conneries que les papes disaient sur les capotes tout ça, et dans toutes les langues en plus. Donc, ils m’ont mis à la place du dernier pape. Alors attention hein, ils m’ont pas juste pris et posé sur sa chaise. Loin de là. Déjà de mon côté, j’ai subi une batterie de tests “Taille des oreilles, tailles des pattes, douceur du pelage” et j’en oublie. Mais de l’autre côté, y’a fallu éliminer l’autre pape et me faire élire pape moi même… Ils ont engagé un assassin, corrompus les archevêques avec du vin et des chips et hop. Me voilà ici. Tout ça pour dire que je déteste cette chaise… On va quand même s’y mettre, j’ai faim moi!
Les pattes bien calées sous mon corps, j’attends. Attention, je ferme les yeux. Compte à rebours: 5… 4… 3… 2… 1… 0. Je réouvre les yeux. Ô joie, un magnifique plat de carottes séchées pleines de parmesan. Je le dévore. Fini. Je suis repu. C’est l’heure de la siest… messe. Direction la chapelle. On m’a dressé un petit coussin près de l’autel. Hop, je saute dessus. Un archevêque met un micro près de moi. Comme d’habitude…
La messe se déroule toujours de la même façon. 1- Je m’endors. 2- Je rêve. 3- Je me réveille. En fait, la partie la plus intéressante pour tout le monde est la seconde: Je rêve. Moi, je rêve d’Alice au pays des merveilles. Je me verrai bien en lapin pressé dans une autre vie… J’ai compris aussi que c’était très intéressant pour l’assemblée. Je l’ai compris lorsqu’on m’a dit “Ce que vous avez dit, vos gestes, tout ce que vous avez fait durant cette messe nous a amené à l’extase”. Je suis somnambule… En gros, pendant que je dors, je bouge, je “parle” dans mon langage, etc… Et l’assistance adore ça, ils interprètent tous à leur façon. Je vais pas m’en plaindre, j’ai un boulot de rêve: manger/dormir/manger/dormir. Bon alors, la messe commence, je me laisse emporter par les bras de Morphée…
Applaudissements. Cris de joie. Je me réveille en sursauts. La messe est terminée. C’est l’heure de manger. Toujours la même salle, toujours la même chaise trop haute, toujours le même repas. Je vais pas me plaindre du repas, avant je ne mangeais que de l’herbe… Les carottes séchées au parmesan ont été décrétées nourriture officiel du tour de France 2007. Euh, non, du Vatican. La salle à manger est donc assez simple au niveau des couleur: le marron des tables, le noir des vêtements des prêtres, et le orange de leur repas. C’est là que je fais la différence: on m’habille en jaune. Une tunique jaune, spécialement taillée pour moi. Pourquoi jaune? Aucune idée. En tout cas, on ne voit que moi ici. Je vais pas dire que j’aime pas ça. Mais, la dernière fois, quand je suis tombé de ma chaise, tout le monde l’a vu. Je suis timide moi. On a tendance à l’oublier… Repas terminé.
Sieste de l’après midi. C’est comme celle du matin, mais avec des gargouillements de digestions en plus. Ca donne une dimension encore plus profonde à la “messe”. Après, c’est le repas du soir. Même salle, même chaise, une seule différence: le repas. Le soir, c’est potage à la carotte. A force de manger de la carotte à tous les repas, tous les moines sont devenus roux. Je me suis vu décerné le prix nobels de l’humanité en sauvant les roux: ils étaient destiné à mourir dans les 100 ans. Donc voilà, le Vatican est devenue la première zone de sauvetage des roux. Grâce à moi. Plus précisément, grâce à ma gourmandise. Qui disait que la gourmandise était un pêché?
Le repas est fini, je retourne à mes appartements. Le soir, je fais ce que j’ai envie. Généralement, je fais un peu de musculation. D’après l’archevêque Laitue, le développement du râble est très important pour l’humanité. Histoire de pas finir en civet trop vite, il faut que les gens m’aiment. Donc, je fais des abdos tous les soirs. Et voilà, ma journée touche à sa fin. Je saute sur mon lit. Bonne nuit.
Et voilà. Je pense que mon lapin est un peu à mon image, m’enfin, chacun sa façon de l’imaginer :]
avril 13th, 2009 at 19:32
Excellent =D